Dans la lignée des dadaïstes particulièrement intéressés à l’objet, Andoni Maillard propose de reconsidérer la matière, les formes et les images d’Antan en intervenant directement dessus et les détournant ainsi de leur charge symbolique ou fonctionnelle.

Cet artiste transdisciplinaire attribue à la technique une importance et une attention particulière en opérant des gestes traditionnels empreints de savoir-faire, de folklore et d’identité locale. Il fait émerger de ses nombreuses collectes l’Idée d’une œuvre qu’il façonne minutieusement et méticuleusement par une grande maîtrise de la peinture, du dessin, de la gravure ou de la broderie.

En proposant la relecture d’un monde ancien en une réalité contemporaine, il nous évoque un quotidien bercé de traditions, de rituels, d’Histoire, puis joue avec les codes et les repères historiques voire sociétaux. Tel est le cas de l’œuvre Araire 2000 (2011) où, par l’adjonction d’un guidon de moto et la modification, en tête de buffle, de la flèche servant à atteler les bêtes de trait, il transforme l’outil servant à labourer les champs au XXe siècle en véhicule Tuning. De même que l’œuvre Dédé & T.T (2011) où il détourne les codes d’une scène de chasse en remplaçant le véhicule d’antan par une Audi T.T.

Plus encore, par un constant va-et-vient entre un univers référentiel incontestablement masculin, voire viril, et des codes très féminins, il va plus loin dans notre perception et transforme par l’humour et les faux-semblants, les réalités matérielles perceptibles inanimées en autre chose. Ainsi, en peignant des paysages bucoliques sur des enjoliveurs de voitures, ceux-ci deviennent des assiettes ornementales, prêtent à trôner au-dessus de vos cheminées. (Enjoliveurs, 2011) ; En détournant le pistolet urinal servant à l’homme lorsqu’il est alité, il nous propose un vase prêt à décorer vos tables (Pistolet, 2016). C’est donc, par ces interventions qu’il redonne une seconde vie aux objets, chargés de résonances et va jouer avec la perception du public. Tel est le cas des stickers de tuning ou des flamings qu’il reproduit sur des peintures de paysage nous proposant une nouvelle lecture de cette dernière qui n’a rien à voir ( Etxeko Tuning, 2011 ;  Pottok Raptor, 2011).

C’est également par l’utilisation de la broderie, médium privilégié de l’artiste, qu’il continue de nous surprendre en réinterprétant cet art décoratif, longtemps pratiqué par les femmes, par le choix même du support. De la planche de skateboard (Eyes of skate, 2015), au képis de gendarme, (Sans titre, 2010) en passant par la page de magazine (Point de X, 2015-16), le tissus, etc…, Andoni Maillard reste fidèle au principe de leur esthétisme tout en intervenant sur l’objet-même. Il se l’approprie et le dé-contextualise.

Son discours devient en ce sens visuel, il travaille l’image comme représentation du monde dans lequel nous vivons en se jouant des codes esthétiques. Que l’objet soit donc usuel, fétiche ou encore décoratif, Andoni Maillard développe pour chacun et par eux un univers bucolique, rustique allant parfois jusqu’au kitsch.

 

Shantala Lescot